1. Etat de la situation:
Examinons ce graphe ci-dessous:
Il représente l'évolution de
- L'inflation,
- Le chômage,
- Les investissements,
- Les marges,
Depuis la fin de la deuxième guerre mondiale.
Les courbes sont tracées à partir des tableaux de l'INSEE et France-Inflation.
Ce graphe est une adaptation actualisée d'un ancien graphe déniché par Etienne Chouard et qu'il avait introduit dans un article sur agoravox:
http://www.agoravox.fr/actualites/citoyennete/article/chomage-dividendes-et-constitution-9711
Ce graphe s'arrête en 1998, je l'ai simplement prolongé jusqu'en 2010, et ajouté la courbe de l'inflation.
Il s'agit de chiffres concernant les sociétés non financières.
Le taux de chômage:
Un chômeur au sens du Bureau international du travail (BIT) est une personne en âge de travailler (conventionnellement 15 ans ou plus)
1° qui n’a pas travaillé, ne serait-ce qu’une heure, au cours de la semaine de référence,
2° qui est disponible pour travailler dans les deux semaines
3° qui a entrepris des démarches actives de recherche d’emploi dans le mois précédent, ou a trouvé un emploi qui commence dans les 3 mois.
 
Le taux d'investissement est le rapport de l'investissement à la valeur ajoutée.
La valeur ajoutée est le solde du compte de production. Elle est égale à la valeur de la production diminuée de la consommation intermédiaire.
 
Le taux de marge est le Rapport de l'excédent brut d'exploitation (EBE) à la valeur ajoutée.
L'excédent brut d'exploitation est le solde du compte d'exploitation, pour les sociétés. Il est égal à la valeur ajoutée, diminuée de la rémunération des salariés, des autres impôts sur la production et augmentée des subventions d'exploitation.
 
Le taux d'inflation : Depuis 1901, les prix ont été multipliés par environ 2400.
 
 
 
Observations:

1°) Une date clé: le 3 janvier 1973, date de l'application de la loi Pompidou-Giscard (73-7) qui oblige l'état à se financer sur les marchés privés, donc avec intérêt. Alors que précédemment, l'état se finançait directement auprès de la banque centrale sans intérêts.
Cette loi a été votée en catimini pendant les vacances de Noël en l'absence de nombreux députés.
Le but de cette loi était de stabiliser l'économie en contrôlant l'inflation. Or, que constate-t-on?
Dix ans avant la loi : taux d’inflation moyen : 3 à 4%.
Dix ans après la loi de 73 : Taux d’inflation moyen 9 à 10%.
Il est clair que cette loi ne produit pas immédiatement l'effet escompté du point de vue de l'inflation.
Par contre, le chômage commence à s'accélérer dangereusement, et coûtera cher à Giscard à l'élection présidentielle en 1981.
 
2°) Début de stabilisation des paramètres vers le milieu des années 80.
- Le chômage se stabilise entre 8 et 11%. Ce qui est considéré comme étant le NAIRU pour la France.
- Les investissements restent nettement au-dessous de 20%.
- Les marges s'accrochent au-dessus de 30%.
- L'inflation reste souvent au-dessous de 2%.
 
3°) Investissements faibles et grosses marges
- Avant 1983, le taux d'investissement et le taux de marge restaient plus ou moins parallèles mais en baisse constante. Après 83, les marges montent rapidement à un taux élevé et les investissement restent à un taux très bas.
- Donc la volonté des entreprises (les actionnaires) de bénéficier de marges importantes les pousse à limiter leurs investissements. Cela nuit directement au développement des PME PMI.
 
 
 
5°) Symétrie chômage/inflation
Cette symétrie est moins évidente, mais il suffit de constater que l'inflation est basse alors que le chômage est élevé. Le mécanisme consiste à fragiliser les travailleurs, les mettre en situation de se satisfaire des salaires qu'on leur propose. Alors qu'en temps de chômage faible, le travailleur est assuré de trouver un emploi et peut demander un salaire correct, cela entraine plus d'inflation.
 
 
 
 
Conclusion provisoire:
Je ne suis pas loin de penser que les investisseurs ne remplissent pas leur fonction de développement de l’économie. Ils sont peut-être attirés par des sirènes plus ... financières. Les actionnaires demandent des taux à deux chiffres, donc on coupe dans les investissements.
 
Depuis la loi Giscard-Pompidou de 1973,
- La dette publique ne cesse d’augmenter
- Le chômage ne cesse d’augmenter jusqu’au NAIRU
- Aujourd’hui la dette correspond au cumul des intérêts de cette dette depuis 73.
- Autrement dit : pas d’intérêts = pas de dette.
 
Les gouvernements successifs n’ont pas réduit le train de vie de l’état, ils n’ont pas pris en compte cette loi. Donc ont mis la France sur un chemin anti-vertueux, pourquoi ?
Soit:
- Il fallait maintenir les dépenses d’investissement garantissant l’évolution d’un pays moderne au profit de sa population au même taux que les années précédentes. Corollaire: L’état a été mis dans l’obligation de compenser les non-investissements des privés et de gérer le chômage grandissant.
Soit:
- Sous couvert de développer l’activité par les investissements, assurer aux banques prêteuses (amies) des rentes garanties chaque année. Donc soumission pérenne aux lobbyistes financiers quelles que soient les orientations des gouvernants.
C’est ainsi qu’on en arrive à une dérive de la dette publique, en 2012 : 1700 milliards d’Euros. Les intérêts de la dette représentent l’équivalent de la totalité des impôts sur le revenu.
Donc,
- Les gouvernements de droite sont complices ou innocents.
- Les gouvernements de gauche sont innocents ou complices.
 
Une explication qui en vaut une autre:
Les marchés privés prêtant à l’état, ont investi (grâce aux intérêts, nouveau depuis 73) dans des produits financiers à gros rapports, plutôt que dans l’économie réelle.
Les investisseurs industriels, ont décidé de s’assurer des rendements du niveau des investisseurs financiers, au milieu des années 80.
Ils ont ainsi prélevé sur la création de richesse (le travail, seul le travail produit de la richesse) les moyens nécessaires au maintien de l’économie au même niveau que précédemment, pour les investir dans des produits financiers plus ou moins sains.
C’est ainsi que les investissements industriels ont diminué au profit des marges, mais au détriment du chômage, des salaires (désindexation), et au final, de l’économie française.
De plus, il est clair que l’augmentation des investissements profiterait directement aux PME/PMI et redresseraient la courbe du chômage. On nous propose l’exemple allemand à propos de sa rigueur, ses sacrifices etc. Sachons que les grandes entreprises allemandes parrainent des petites entreprises et permettent leur développement avec moins de risques que les petites entreprises françaises. De plus, les syndicats allemands ont accepté la limitation des salaires en échange d’une réduction du chômage. Il y a des bons accords en Allemagne et pas d’accords du tout en France.
 
 
4°) Symétrie chômage/investissements
Il est étonnant de constater la symétrie entre les courbes de chômage et d'investissement, lorsque le chômage est en hausse, l'investissement est en baisse et inversement. Il y a factuellement un lien entre le taux d'investissement et le chômage.
 
Compléments d'information:

Vidéo d'Etienne Chouard sur la dette:
http://www.dailymotion.com/video/xldqty_etienne-chouard-la-dette-et-la-fin-de-l-etat-providence_webcam
Confessions d'un assassin financier: endetter les pays du tiers monde. Corruption. Le piège de la dette. Les deux pinces de la tenaille: la loi de 73 et le vote (volontaire ou non) des budgets déficitaires par le parlement de droite ou de gauche.
Depuis trente ans, les dépenses de l'état n'augmentent pas, mais les impôts des riches diminuent, d'où la dette.
 

Le NAIRU:
Non-Accelerating Inflation Rate of Unemployment.
Taux de chômage nécessaire ou indispensable pour limiter l'inflation.
http://fr.wikipedia.org/wiki/Taux_de_ch%C3%B4mage_n%27acc%C3%A9l%C3%A9rant_pas_l%27inflation
Autre document intéressant de Michel Husson:
http://hussonet.free.fr/parvabis.pdf
 
Relation entre chômage et inflation, la courbe de Philips:
http://thepthida.sopraseuth.free.fr/macro_L2_chap2.pdf
Lire le document de Michel Husson titré "Pour dégonfler la baudruche de la compétitivité".
http://hussonet.free.fr/competi.pdf
- Le discours de la compétitivité ne fonctionne pas.
- Les effets pervers de la compétitivité à tout prix.
- Le bluf de la fuite des capitaux (et des cervaux).
Sous prétexte de compétitivité, on demande aux travailleurs de rogner toujours plus sur leurs acquis sociaux.
La part salariale est en baisse depuis 30 ans. Cela a nourri les profits financiers et non les profits investis.